« Quand des bruits émergent des mots »

Marion nous partage son guide à destination des parents d’enfants avec peu ou pas de langage :

Pour préparer l’enfant à la mise en place du premier répertoire de mots, il est intéressant de commencer par développer son répertoire de sons à partir d’onomatopées, sur base d’images d’animaux (cris) ou encore d’objets (bruitages), avant de proposer leur nom.

Encore mieux ! Associez un geste au bruit, si possible, afin de faciliter son intégration. L’enfant pourra alors s’imprégner des différentes entrées sensorielles et vous pourrez identifier celles qui lui correspondent le mieux en fonction de ses imitations plutôt sonores, gestuelles ou encore motrices.

Les gestes naturels et parfois les gestes phonétiques de Borel-Maisonny* (accessibles gratuitement sur internet) peuvent être utilisés. Par exemple, pour le cri de l’oiseau, vous pouvez faire le geste du bec qui s’ouvre ou encore pour le cri du chien, vous pouvez utiliser le geste B-M* du son « oi ». 

Comment faire ? Voici quelques suggestions…

Vous pouvez vous servir de l’imagier en noir et blanc proposé qui regroupe les premiers animaux et jouets de bébé, de manière non exhaustive, mais aussi y ajouter tous les bruitages produits au cours du bain, des interactions, des repas…

Aussi, si vous avez des objets correspondants aux images, commencez par cela avant d’utiliser un imagier. Vous pourrez ensuite les associer à leur représentation sur l’imagier en noir et blanc ou sur un livre d’images.

Pourquoi préférer dans un premier temps les objets aux images ?

Les objets peuvent être animés près du visage, ce qui permet à votre enfant de capter expressions faciales et gestuelles de manière simultanée. En revanche, les images (isolées ou sur un livre) absorbent le regard du bébé et le prive donc, en grande partie, des informations labiales, para-verbales et gestuelles.

Si vous sentez que le regard de votre enfant arrive à passer facilement de votre visage à un autre support pour partager quelque chose, alors intégrez petit à petit les images à partir du support fourni ou encore d’un livre d’images. Partez des objets et mettez en lien avec les images correspondantes. Par exemple, si votre enfant est plutôt tactile, cachez ces objets dans un sachet, étalez les images correspondantes sur la table. L’enfant doit toucher sans regarder un objet puis deviner duquel il s’agit en utilisant uniquement le sens du toucher. Laissez l’imagier sous les yeux et amorcez le bruitage si c’est trop dur ! 

Faites un bruit en vous plaçant à différents endroits d’une pièce de la maison, par exemple avec un instrument, l’enfant doit alors localiser la source sonore. Montrez la source sonore à l’enfant et laissez-lui manipulez et explorez par exemple l’instrument de musique. 

Ensuite, placez-vous face à votre enfant, à sa hauteur, et pointez l’image correspondante au bruit. Une fois que plusieurs bruits sont bien identifiés par l’enfant, faites-lui discriminer ces derniers en proposant 3, 4 voire 5 images, à vous de moduler la quantité d’images en fonction de ce qu’il est capable de faire. Attention, si vous proposez quelque chose de trop facile ou de trop difficile, l’enfant va s’ennuyer et se désintéresser de l’activité… Il faut essayer de rester au plus proche des capacités de votre enfant, de sa zone de développement.

Vous pouvez ensuite utiliser ces images de différentes manières : memory, loto, pêche à la ligne, chasse au trésor… Laissez libre cours à votre imagination. Plus vous proposerez ces bruits et dans des contextes différents, meilleurs seront leur intégration !

Si votre enfant identifie bien les bruits, n’hésitez pas à produire également le mot une fois que le bruit a été identifié.

Vous pouvez aussi ajouter la modalité gestuelle pour les mots si vous voyez que votre enfant s’y intéresse, en utilisant par exemple les Baby-signs et/ou les signes de la LSF.

En effet, même si la production des premiers mots de votre enfant est pauvre et approximative, vous pouvez commencer en parallèle à enrichir son répertoire de mots qu’il connaît et comprend, en utilisant le second support qui est un imagier des premiers mots.

Pourquoi est il important de ne pas se limiter à travailler sur les seuls mots que l’enfant peut exprimer ?

Les bases

Avant de parler l’enfant va écouter, il est donc primordial de parler à votre enfant !

Ce n’est pas parce que l’enfant ne parle pas ou qu’il ne s’exprime pas comme un adulte que l’enfant ne comprend pas.

Ne pas parler à votre enfant, c’est donc le priver du modèle sur lequel il va s’appuyer pour commencer à produire à son tour.

Comment faire ?

Un exemple de méthodologie

Commencez par sélectionner 5 mots qui sont les plus « utilisés » (des actions, des objets) par votre bébé, que vous utiliserez et répéterez dans différentes routines et activités, de manière redondante, à plusieurs reprises dans la semaine. Attention, aucune répétition n’est demandée à l’enfant, pour l’instant l’enfant s’imprègne de vos paroles, vous êtes son modèle, c’est le bain de langage !

Une fois que votre enfant a compris et utilise spontanément les mots introduits, vous pouvez en ajouter petit à petit au fil des besoins et intérêts.

Commencez à modeler des combinaisons de 2 mots, à partir de ceux qu’il connait déjà, dans des contextes divers.

Reprenez en reformulant si nécessaire et allongez alors les propos de votre enfant tout en restant accessible ! 

Pensez à réintégrer le vocabulaire considéré comme acquis au fil des semaines à travers diverses expériences.

Quelques idées d’activités à partir de l’imagier des premiers mots :

  • Apparier objet/photo/picto ;
  • Faire trier les photos ou pictos selon un critère (humains, animaux/objets) ;
  • Faire un memory avec photo/picto ;
  • Faire un loto avec des objets et/ou des images ;
  • Construire un album avec les photos des membres de la famille et les objets du quotidien les plus utilisés par l’enfant ;
  • Faire un collier avec ces mêmes images et donner le collier à chaque propriétaire (collier avec le pendentif de maman qu’on va mettre autour de son cou ect.)
  • Faire une sorte de chasse au trésor en cachant les images ou objets dans divers endroits de la maison.

En plus des mots désignant les membres de la famille ou les objets du quotidien, pensez à utiliser des mots désignant les besoins fondamentaux : dodo ; mange ; à boire ; pipi… les mots exprimant émotions et ressentis : mal ; rire ; peur ; aime pas ; aime bien… les premières routines sociales : coucou ; bonjour ; au revoir ; merci ; (s’il) te plait ; tiens/donne ; encore…

Encore quelques conseils :

N’oubliez pas de solliciter les productions de votre enfant, émerveillez-vous devant ces tentatives de productions, faites-lui ressentir le souffle/les vibrations des bruitages lorsqu’il a du mal à les identifier et à les reproduire.

Soyez à l’affût de toute réaction de votre enfant même si elles ne sont pas comme le modèle que vous lui apportez, répondez « en écho » afin d’amener une imitation sonore, motrice et/ou gestuelle. Si l’enfant comprend qu’il est imité, il va alors se sentir exister, valorisé en tant que personne et avoir envie de recommencer, il sera ainsi plus attentif, actif. Vous pourrez ensuite vous amuser à inverser les rôles, celui de modèle et celui d’imitateur. Ces capacités « naturelles », qui peuvent être exercées chez ceux qui n’en font pas spontanément usage, pourront alors être mobilisées pour amorcer une communication même sans mots.

Les documents à télécharger

Marion F., orthophoniste

(photographie : https://www.freepik.com/free-photos-vectors/people)

5 commentaires sur “« Quand des bruits émergent des mots »

  1. Bonjour Charlotte,
    Merci pour ces précieuses idées si faciles à intégrer dans un quotidien familial.
    Au niveau des gestes qui enrichissent la parole, il serait aussi possible d’utiliser les grands mouvements ou le massage des consonnes de la Dynamique Naturelle de la Parole qui offrent également moult indications sensorielles et corporelles à l’enfant. Je vais d’ailleurs exploiter votre idée du collier avec les traces d’articulation DNP…
    Encore un grand merci pour vos propositions d’exploitations claires et détaillées!
    Bien cordialement,
    Caroline E.

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  2. Je voulais vraiment vous dire un grand grand merci
    Pour toutes les recherches
    Le travail accompli est tellement complet et tellement riche
    Je guette votre mail avec beaucoup de plaisir et de curiosité
    Laurence Delattre

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