Les bienfaits de la lecture en famille, à tous les âges, et quelques idées de bouquins

00h26, jour 35 du confinement, l’envie me vient soudain de faire un peu de théorie !

J’espère ne barber personne ! L’idée n’est pas non plus de faire la morale, ni de rajouter ‘lire des livres, et avec le sourire’ à votre loooongue liste de charge mentale.
Mais si vous avez envie d’édifier un peu le débat lors de vos apéros zoom, de préparer les débats familiaux des repas de famille post-déconfinement, alors lisez (sans jeu de mots) ce post, et prenez des notes 🙂
Et quand vous en avez assez des devoirs, asseyez vous confortablement dans un fauteuil, en mode câlin, et vous verrez dans cet article que vous n’aurez pas à culpabiliser d’avoir choisi ce moment doux plutôt que le travail scolaire.

En italique vous verrez plusieurs suggestions de livres, testés et approuvés par moi-même. Les livres en photo sont des livres de ma bibliothèque personnelle, et je vous les recommande tous sans hésiter.

De l’intérêt de lire à votre enfant, et avec notre enfant, dès la naissance :

La littérature jeunesse permet à l’enfant de développer son langage réceptif, puisque le vocabulaire employé à l’écrit est souvent plus riche que celui utilisé dans la conversation du quotidien.  L’enfant qui écoute la lecture ou lit seul va être confronté à tout un tas de champs sémantiques différents et à une syntaxe plus soutenue qui seront illustrés par les images, les explications des parents, ainsi que par les éléments paralinguistiques contextuels (mise en scène de la lecture, différentes voix, ajout d’onomatopées, de gestes, de mimes…)

Elle permet également de développer l’imagination et la créativité, puisque l’enfant se retrouve projeté dans un nouvel univers, cherchera à s’identifier aux personnages, à les visualiser, à donner vie aux illustrations, à imaginer la suite ou une fin alternative.

Les capacités d’écoute et d’attention seront également sollicitées.

Elle permet enfin de développer l’expression orale autour de l’activité lecture, puisque les parents peuvent interroger leur enfant au fur et à mesure du récit sur ce qu’il en a compris, ce qu’il en pense, ce qu’il imagine, et ce qu’il ressent par rapport à l’histoire et à ses évènements. Ils peuvent également proposer des jeux de désignation, de devinettes, d’observation, ou de reprise du récit de l’histoire.

La lecture faite à l’enfant permet dès la toute petite enfance de travailler les pré-requis au langage oral : pointage, attention conjointe, imitation verbale, onomatopées, accès à la compréhension, dénomination, accès à l’humour, au second degré.

Puis vient l’enrichissement du langage oral, en nommant, devinant la suite, exprimant ses émotions par rapport au récit.

La lecture à deux, qu’elle soit faite à l’enfant ou avec l’enfant, est un véritable moment de plaisir et d’intimité.  La lecture est alors associée au plaisir, avant même d’entrer dans l’apprentissage scolaire.

Evolution des propositions en fonction de l’âge de votre enfant :

La plupart des éditeurs de littérature jeunesse proposent des thèmes qui provoquent des émotions adaptées au développement psycho-affectif de l’enfant en fonction de son âge.

Le texte prend de plus en plus de place au fur et à mesure que l’enfant grandit.  Le graphisme évolue également avec l’âge de l’enfant.  Alors que les albums privilégient des couleurs et des formes contrastées, les romans proposent des dessins précis où les personnages sont bien reconnaissables, proches de la bande-dessinée, ce qui correspond au niveau de description plus complexe du récit écrit.

Les imagiers permettent à l’enfant de développer son vocabulaire, de façon ludique, avec l’aide de l’adulte.  Les dessins fonctionnels rappellent à l’enfant la réalité qui l’entoure, et il peut se lancer dans un jeu de dénomination au cours duquel il sera encouragé et félicité. Nous pouvons citer l’imagier Auzou, le fameux Père Castor, mais également les imagiers tactiles de chez Milan, ou sonores de chez Gallimard.

Les albums illustrés proposent des thèmes qui servent de support à l’enfant pour raconter les évènements de sa journée (école, transports…), évoquer des souvenirs (vacances à la mer, à la montagne…), ou à préparer une activité en famille en verbalisant ensemble ce que l’enfant va vivre (visite chez le docteur, sortie au marché…). La collection Balthazar est un bon exemple, ou encore les histoires de Camille.

La lecture faite à l’enfant, souvent le soir ou avant la sieste, est un moment à la fois apaisant et enrichissant, puisque il s’articule autour d’un temps calme et privilégié avec l’adulte.  Quand l’enfant grandit et s’approprie le langage et le goût au dialogue, ce moment peut devenir interactif et donner lieu à des échanges de plus en plus riches.  Grâce aux thèmes proposés, aux imagiers souvent proposés en début de livre, et au texte illustré, l’enfant peut accompagner l’adulte dans la lecture en disant le mot en image, et éprouver alors un sentiment de fierté d’être acteur de la lecture.

A ce stade, beaucoup d’enfants font semblant de lire les livres qu’ils connaissent par cœur, en récitant le texte souvent entendu et en suivant du doigt, comme papa et maman.  Nous voyons donc que le désir de savoir lire est alors bien présent, né de la lecture conjointe de livres qui plaisent tant aux enfants qu’ils veulent les entendre encore et encore.  Le plaisir de la lecture n’est plus seulement issu du désir d’intimité avec les parents, mais de l’envie de la découverte de nouvelles histoires, de nouveaux mondes.

Ces 4 livres ne proposent aucun texte écrit, laissant place à l’improvisation, à l’imaginaire, à la créativité…

En parallèle, l’enfant prend conscience du lien entre l’oral et l’écrit.  Il comprend implicitement que les caractères écrits sont un véritable support de communication.  Il peut très tôt faire la différence entre les lettres et les pictogrammes et reconnaître un mot comme tel.  Il établit également un rapport entre la quantité de texte écrit et de parole produite.

Les histoires à deux voix, comme celles de Tchoupi ou de Maya, chez Nathan, permettent d’enrichir le vocabulaire mais présentent également un intérêt dans l’approche de la prélecture.  Ces livres permettent à l’enfant de suivre du doigt les mots écrits, et de visualiser le sens linéaire de la lecture.  Son attention auditive et visuelle sont stimulées, puisqu’il s’agit d’écouter l’histoire et d’intervenir au bon moment pour participer à la lecture.  L’enfant s’empare de l’association entre l’écrit et le sens, et peut même reconnaître et se mettre à lire certains mots sans avoir besoin du support image.  Enfin, l’enfant pourra jouer à lire seul, en suivant le texte du doigt, et en s’appuyant sur les images pour reconstituer l’histoire dont il se sera emparé avec fierté.

Puis les premières histoires accompagneront l’enfant de la maternelle au CP, puisqu’elles enrichissent son vocabulaire, développent ses compétences de récit, abordent la prélecture et les prérequis nécessaires à l’apprentissage de l’écrit, et constituent un support gratifiant lorsque l’enfant entre réellement dans cet apprentissage et saura déchiffrer son livre favori en toute confiance.

L’enfant va enfin se mettre à reconnaître quelques mots de manière globale, et parfois surprendra ses parents en faisant des déductions sur les sons des lettres à partir des mots qu’il connaît.

Les nombreux personnages et les fortes émotions évoqués permettent une lecture vivante, chargée en mimiques, onomatopées, voix, théâtralisation…
J’apprécie particulièrement les livres de Julia Donaldson (la sorcière dans les airs, Zébulon le dragon, le Gruffalo…) qui entraînent l’enfant dans un univers fantaisiste et coloré, mais restent rassurants car ils proposent des trames qui jouent sur des scènes répétitives, avec des légères variations qui font avancer l’histoire, et que l’enfant peut s’approprier et apprendre par coeur très facilement.

Puis vient l’âge des premières lectures. En entrant au CP, l’enfant aura à sa disposition tous les pré-requis pour entrer véritablement dans l’apprentissage systématique de l’écrit : attention auditivo-visuelle, discrimination auditivo-visuelle, orientation spatio-temporelle, mémoire auditivo-visuelle, un langage oral riche, et surtout un plaisir associé à cet apprentissage.

Les méthodes d’apprentissage au CP peuvent varier, mais d’une manière générale, l’enfant apprend à combiner les sons des lettres entre eux pour obtenir des syllabes, puis à combiner les syllabes pour obtenir des mots.  En fluidifiant le déchiffrage et en le rendant plus rapide, l’accès à la compréhension sera facilité.

A ce stade, le déchiffrage est automatisé et certains mots seront connus par cœur de manière globale, la compréhension de phrases est possible car la charge cognitive consacrée à l’assemblage est moins importante et le cerveau est disponible pour accéder au sens.

On dit généralement que la lecture est maîtrisée lorsque l’enfant utilise deux voies de lecture : le déchiffrage et l’adressage (lecture globale), qui permettent la compréhension d’un texte, y compris des notions implicites, et l’anticipation.

L’enfant entre au CP avec la promesse d’apprendre à lire tout seul. Ces petits livres lui permettent de devenir véritablement actif dans le rituel de lecture en famille.  Très rapidement il pourra déchiffrer le texte des bulles dont les mots ont une correspondance grapho-phonologique stable et correspondent au premier vocabulaire acquis.  Il aura donc une véritable satisfaction en parallèle de son apprentissage scolaire, une récompense à ses efforts : la victoire d’avoir lu un livre jusqu’au bout.

Les premières lectures privilégient une identification au héros de l’histoire, à un âge où l’enfant devient autonome, affirme sa personnalité et se construit socialement.  La lecture apporte un ancrage dans l’autonomie et l’affirmation de soi.  L’enfant peut se glisser dans la peau des personnages et ressentir avec eux des émotions de plus en plus complexes.
Il existe une collection premières lectures chez Nathan, chez larousse-Montessori, chez Hachette (Sami et Julie), et bien d’autres encore.

Puis le moment est venu de lire des « livres de grands », de manière complètement autonome.  Le moment d’intimité en duo devient un moment pour soi, une évasion individuelle, parfois une occasion de s’isoler pour rêver grâce à une belle histoire.La syntaxe reste simple, mais le vocabulaire est riche et les thématiques nombreuses, la plupart des sujets de préoccupation des enfants sont traités, et les univers sont variés, chacun y trouve son compte.

Les premiers romans privilégient l’évasion, la lecture apporte un voyage pour l’esprit, avec une projection vers des univers complètement différents, ou une réalité idéalisée.  Ils permettent également d’aborder de façon métaphorique les préoccupations du quotidien, les questions des émotions qui sont plus complexes à cet âge, l’amitié, la déception, la trahison, les différences, les rêves…

Les illustrations sont modernes, pleines d’humour, et occupent toute la page, le texte s’intègre dans l’image.  Le dessin soutient véritablement la lecture, permettant un accès plus aisé au sens. La lecture n’est jamais rébarbative.

J’aime Lire puis Je bouquine proposent des histoires bien écrites, facilement trouvables sur le bon coin, ou en brocante (un jour peut-être…).
J’offre souvent aux enfants les livres de Timothée de Fombelle, notamment Tobie Lolness, ou les histoires courtes de Roald Dahl, moins connues que les longues, et tout aussi divertissantes, souvent en rimes.

N’oublions pas les BD, les mangas, à tous les âges, mais particulièrement appréciés par les jeunes lecteurs auxquels les scenarii sont le plus souvent adaptés. Nous pouvons citer Ariol, Mortelle Adèle, One Piece, ou les grands classiques comme Tintin. D’ailleurs n’hésitez pas à offrir à vos enfants les livres qui vous appartenaient lorsque vous étiez enfants.

J’aimerais ajouter enfin qu’il n’y a pas d’âge limite pour lire à son enfant. Ce n’est pas parce que votre enfant sait lire, et bien lire, qu’il n’appréciera pas de se laisser aller au son de votre voix. N’hésitez pas à partager des livres qui ont marqué votre enfance, même s’ils peuvent sembler compliqués. Ressortez vos Harry Potter, votre exemplaire corné de Bilbo le Hobbit, l’intégrale du passe-miroir, Susie Morgenstern ou Marie-Aude Murail, et régalez-vous !

Charlotte L.

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